Un sol patiemment élaboré

Un sol patiemment élaboré

Un sol patiemment élaboré

L’arganier contribue également à la formation du sol et à son enrichissement en matière organique, directement par ses apports (feuilles, racines) et indirectement par la végétation qui pousse à son abri. Grâce à une merveilleuse symbiose avec des champignons mycorhiziens (symbiose décrite dans la partie « description botanique »), l’arganier contribue à l’enrichissement des couches superficielles du sol. Ses racines mycorhizées concentrent les éléments nutritifs peu abondants dans ces sols et les cèdent aux parties aériennes de l’arbre au fur et à mesure de ses besoins. Les éléments retournent ensuite au sol avec la chute des feuilles. La richesse du sol sous l’arganier est attestée par une végétation verdoyante, absente en dehors de sa couronne. Cette litière représente un apport continu d’éléments fertilisants, ainsi que de matière organique qui retient l’eau du sol. De plus, le feuillage de l’arganier permet la condensation nocturne de l’humidité atmosphérique et des brumes océaniques, ce qui représente des « précipitations occultes » non négligeables. Ainsi, il tombe davantage d’eau sous l’arbre qu’ à découvert et cette eau est mieux stockée grâce à la matière organique accumulée. La combinaison de ces facteurs de croissance autorise une activité biologique intense sous l’arbre. Les micro-organismes se chargent de transformer la matière organique végétale en éléments nutritifs simples utilisables par les herbacées. Les plantes herbacées, qui n’auraient pas pu exister sans ces conditions favorables, augmentent à leur tour le stock de matière organique grâce à leurs racines et aux parties aériennes qui retournent au sol en fin de saison. Le cycle est enclenché, un micro climat plus doux et plus humide s’installe, attirant une faune herbivore qui se nourrit des plantes ayant poussé sous l’arganier ou des feuilles de l’arganier. Cette faune ne tarde pas elle-même à attirer une faune carnivore qui se nourrit des herbivores. Les animaux contribuent à disséminer les graines dans la forêt et enrichissent eux-même le sol sous l’arbre par leurs déjections, par les restes de leurs repas ou par leurs cadavres. La chaîne alimentaire est complète, les microbes sont de plus en plus nombreux et les transformations de plus en plus importantes et de plus en plus complexes. Dans l’arganeraie, cela a duré des centaines de milliers d’années ; grâce à la présence de l’arbre et de la vie sous l’arbre, le sol s’est formé patiemment et de façon continue pour donner un horizon humifère et fertile. On considère par exemple le sol de la forêt d’Ademine non pas comme un sol ordinaire, mais comme un terreau qui sert à enrichir d’autres sols ou à constituer des substrats de culture. Les conditions climatiques favorables qui ont régné autrefois, ajoutées à une grande densité des arbres, ont certainement contribué de façon importante à la formation des sols des arganeraies.

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