Récolte fruit argan

La récolte des fruits

Pour les usages de l’arganier, le premier intérêt de l’arbre est sa production d’huile d’argan et donc de fruits. Cette production est en effet prioritaire par rapport aux autres utilisations de l’arbre dans toutes les parcelles appropriées, désignées par agdal. Le parcours dans des animaux est interdit pendant la maturation des fruits. Un crieur passe dans les souks et les douars pour annoncer que les autorités locales décrètent officiellement le début de l’agdal, ce qui correspond en fait à une autorisation de mise en défens des parcelles agdal. Celles-si peuvent etre encloses par une zeriba (clôture faite de branchages de jujubier ou de branche d’arganier). La clôture ne peut avoir qu’un caractère provisoire et seul le détenteur du droit de récolte d’une parcelle peut éventuellement y faire pénétrer son troupeau. Toute la famille participe à la récolte des fruits. Certains éleveurs font parfois appel à des ouvriers, ce qui ouvre droit pour ces derniers à la moitié des qualités de fruits ramassés. Dans les zones appartenant à l’ensemble de la communauté, les utilisateurs se regroupent pour effectuer le ramassage en commun, puis la récolte est divisée équitablement entre chaque famille (recolte fruit argan).

Dans le cas des parcelles en indivision, chaque foyer consacre au ramassage un nombre de journées conforme à sa part d’héritage. Le produit du ramassage est ensuite distribué au prorata des parts d’héritage. La durée de la récolte est variable ; elle s’étend de mai à août ou septembre. Les quantités ramassées varient beaucoup d’une année à l’autre. Une année pluvieuse est suivie, un an plus tard, par une récolte abondante, tandis qu’une année sèche affecte négativement la production de l’année suivante.

Pour ne pas abîmer les branches des arganiers, le gaulage des arbres est interdit ; les fruits sont simplement ramassés au sol. Les fruits rapportés au foyer sont mis à sécher au soleil puis stockés dans des pièces obscures séparément des autres récoltes. On craint en effet que des larves d’insectes contenues dans les fruits puissent contaminer les céréales. Le stockage des fruits d’argan est ainsi exclu des greniers communs appelés agadir. Les fruits peuvent être stockés pendant plusieurs années. Ils sont prélevés au fur et à mesure des besoins pour l’extraction de l’huile. Non seulement les fruits d’arganier sont soigneusement ramassés par les habitants, mais la priorité est donnée à cette production. Des anecdotes amusantes largement répétées et retenues parfois comme vérité font partie du folklore basé sur l’exotique et le sensationnel, aux dépens de la vérité. Selon ces histoires, la récupération des noix d’ argan pour la production de l’huile se fait après ingestion par les animaux. En réalité ce sont essentiellement les anciens écrits de voyageurs, faisant souvent de cas particuliers une généralité pour toute une région, qui ont entretenu cette rumeur. L. Gentil, par exemple, écrivait en 1906: « seuls quelques paysans actifs font ramasser les fruits par leurs bergers, les autres les récupèrent après passage des animaux. Les animaux mangent l’enveloppe desséchée du fruit. Les chèvres et les moutons laissent tomber de leur bouche tout ou partie du noyau. Les chameaux et les bovidés avalent ces derniers et les rejettent intacts à l’étable en ruminant. C’est surtout là que les femmes et les enfants recueillent avec soin les noix qui vont servir à la fabrication de l’huile si estimée. Ainsi la nature, déjà si prodigue à bien des égards envers ce pays, l’a non seulement doté d’un arbre précieux pour la nourriture des bestiaux, mais elle a en quelque sorte voulu que ces derniers épargnent à leur maître la peine de récolter lui même l’un des éléments importants de son alimentation. L’huile d’argane, en effet, constitue, avec le pain, la nourriture exclusive des indigènes pauvres ». Hedrick, à son tour écrivait en 1919 : « l’extraction de l’huile est faite après digestion des fruits par les chèvres, celles-ci rentrent en compétition avec les habitants pour la récupération des fruits ». Cette description étant retrouvée dans plusieurs récits anciens, l’anecdote a été souvent considérée comme vérité. Mais nous avons constaté dans plusieurs régions de l’arganeraie que cette pratique est très rare. En effet, l’huile obtenue à partir de noix ayant passé par le tube digestif des animaux est de mauvaise qualité. Elle se conserve mal, elle a mauvais goût et une odeur caractéristique qui déprécie sa valeur. Les habitants n’ont donc recours à cette pratique que très rarement et l’huile qui en résulte n’est pas vendue mais consommée cuite et sur place. On trouve peut-être ici l’explication du goût âcre, désagréable, décrit par les anciens auteurs et qui signifierait qu’ils avaient goûté de l’huile altérée, probablement extraite après ingestion des fruits par les animaux. A contrario, des historiens tels Ibn Khaldoun qui ont goûté l’huile d’argane pour la première fois chez les familles de notables l’ont décrite comme excellente. Il ne peut en être autrement d’une huile offerte par les autorités du pays à leurs homologues étrangers.

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